Grasse matinée, lever à 5h50 et départ à 6h50. Comme j’ai rallongé l’étape d’hier, j’ai dû changer les trois successives pour garder des kilométrages cohérents et ça m’enlève un jour sur le total. Très frais comme d’habitude le matin et de la brume dans la Meseta. Je marche seul entre 700 et 900 mètres. Mes compagnons Italiens sont partis plus tôt, nous nous verrons à l’étape.

Me reviennent des images très vivides de mon enfance et je me rappelle de tous les noms et prénoms d’amis que j’ai perdu de vue depuis 50 ans ou plus. Par contre je ne pourrais pas dire ce que j’ai mangé il y a deux jours: Alzheimer quand tu nous tiens! Ces souvenirs sont très vivaces, très clairs, des choses que je pensais avoir oubliées depuis bien longtemps.






J’ai loupé le bar à l’entrée de Castrojeriz et il me faudra marcher près de 17km pour trouver un donativo tenu par un jeune couple qui vend quelques fruits, des biscuits et sert du café. Là je rencontre Sophia (nom d’emprunt mais pas pour des motifs de privacité, pour cause d’Alzheimer: j’ai oublié son nom 20 minutes après l’avoir quittée), une Slovène avec qui je fais un bout de chemin. Dans la discussion elle a mis en mots ce que je ressens: sur le Camino je suis heureux. Ça semble débile mais je ressens de la joie, je suis en paix, je me sens très privilégié de vivre ce pèlerinage hors du temps et dans un paysage d’une richesse, d’une histoire et d’une beauté exceptionnelles.









Sophia décide de s’arrêter à l’hospice San Nicola, endroit historique et authentique où il n’y a même pas l’électricité… les gens que tu rencontres sur le Camino…













