Je quitte le donativo, il est 7h, il fait très frais et il y a de la brume. L’étape du jour s’annonce plaisante mais longue, avec près de 34 km et peu de possibilités de s’alimenter semble-t-il. J’ai de la chance, après 2 km seulement je trouve un restaurant où je peux prendre un café et un croissant. Entre-temps le soleil déchire la brume et il y a même du ciel bleu. J’apprécie énormément, surtout après tous ces jours de pluie. Alors que je suis en train de faire une photo, Claudia me rattrape et nous marchons ensemble un moment. Je lui demande jusqu’où elle va, Santiago ? Fisterra ? Elle me dit qu’elle va s’arrêter à Padrón, juste avant Santiago, car elle a promis à son mari qu’ils entreraient les deux ensemble à Santiago.

Je passe un joli village très fleuri, c’est aujourd’hui la fête de Nossa Senhora da Portela. Il y a même de la musique, ce sera une grande fête aujourd’hui.



Il est 10h et je m’arrête pour prendre un café. C’est plein! Alors je demande à un Portugais seul à sa table si je peux m’asseoir avec lui. Il m’invite cordialement et nous discutons, notamment du pèlerinage à Compostelle qu’il a déjà fait. Quand il se lève pour partir il me dit : « rappelle-toi que tout le monde va à Santiago, soit tu y vas quand tu es vivant, sinon tu iras quand tu seras mort, parce que tout le monde y va » conclut-il.



Plus loin je tombe sur Serge, militaire Français à la retraite qui a fêté ses 70 ans hier, et nous marchons un bon moment ensemble. Mais là il a vraiment de la peine, alors je le laisse car j’ai beaucoup de kilomètres devant moi et il va probablement s’arrêter au prochain village. Il prend son médicament, il est quand même handicapé et c’est remarquable ce qu’il marche.

Je relève qu’aujourd’hui le Camino est absolument magnifique, avec de beaux paysages, sur des chemins et des sentiers très jolis. D’ailleurs, le Portugais au café m’avait bien dit qu’à partir de maintenant ça deviendrait de plus en plus beau.



Je passe devant un petit café et je tombe sur Gérard et Blanche que je ne pensais vraiment plus revoir. Je leur dis que je ne vais pas m’arrêter parce que j’ai encore 13 ou 14 kilomètres à faire. Gérard me glisse discrètement qu’il n’est pas sûr qu’ils pourront continuer, car Blanche, en plus de ses pieds, souffre également à un mollet.

Il est déjà midi et ça fait un moment que le soleil a disparu et que le ciel s’ est fermé. J’espère éviter la pluie, ce sera une première. À 13h30 le ciel s’ouvre un peu et quelques rayons de soleil me réchauffent. Vers 13h45 je trouve finalement un snack où je peux me sustenter et surtout me reposer un peu, parce que là je fatigue. Ça fait quand même plus de six heures que je marche. Je repars après une demi-heure, il me reste une bonne heure pour arriver à l’étape.

Finalement, j’arrive à Ponte de Lima, il y a ambiance festive, de gens sont en costumes traditionnels, il y a de la musique. Il fait moche par contre, gris, et il y a ce vent froid.



A 15h40 j’arrive au refuge du pèlerin. Je suis détruit, j’ai mal partout, au dos, à la hanche et à la nuque (saleté d’arthrose). Mais je suis très heureux car il y a de la place et ça va me couter 5 €. Par contre il n’y a ni draps, ni linge, ni couverture. Moi qui ai eu froid ces dernières nuits avec des couvertures, ça s’annonce difficile. Je n’ai qu’un sac à viande alors je dormirai habillé. Pour rajouter à mon épreuve, un jeune couple entre avec un bébé de 8 mois. Et où va dormir ce petit ange ? Bingo ! Dans le lit d’à côté.



Quel plaisir de lire que le chemin de ce jour a été riche, agréable et beau. Enfin! Le changement annoncé depuis Porto se concrétiserait-il ? Nous te le souhaitons. Le besoin d’équilibre de notre monde serait-il incontournable? Il semble que oui à lire ton récit. Après une belle et bonne étape, une nuit peut-être plus difficile. Buen camino