Jour 23 : Rúa – Pontevedra, 35km, 8h.

Hier soir j’avais croisé Claudia, elle allait voir pour une couverture alors je lui ai demandé d’en prendre une pour moi aussi. Elle est revenue avec deux qu’elle avait achetées, l’albergue n’en ayant pas, elle m’en a offert une. La couverture est petite et légère,  mais ça m’a quand même aidé.

Il est 7h45 quand je pars ce matin. Il fait vraiment très frais. J’ai juste un t-shirt sous mon K-way, j’espère me réchauffer bientôt en marchant. Il fait beau, le ciel est dégagé et ça serait merveilleux si ça restait pour la longue étape d’aujourd’hui. Avec ce froid, je mets les mains dans ma poche, alternativement, pour les réchauffer un peu. En tous les cas, il ne pleut pas et c’est super.

C’est la troisième fois qu’une personne m’indique le bon chemin lorsque je loupe une flèche, comme si elles avaient été envoyées pour me remettre dans le droit chemin.

Beaucoup de pèlerins marchent en groupes de deux ou plus personnes. Une mère et sa fille, un couple, un groupe d’amis. Et puis il y a aussi tous ceux qui, comme moi, voyagent seuls. Mais souvent, ces personnes seules vont s’accrocher à quelqu’un d’autre, et même rester avec. Certaines sont venues seules, je les vois, les recroise, elles sont pratiquement toujours avec quelqu’un. C’est rare de trouver quelqu’un qui marche seul, que tu vois seul et qui reste seul. Bien sûr tu parles avec des personnes, tu fais un bout de chemin avec elles, puis tu les laisses filer, ou toi-même tu prends de l’avance. C’est probablement la peur de la solitude ? Moi je ne la ressens pas. Je préfère rester dans la réflexion, dans l’observation, et il y a aussi une question de rythme de marche.

J’aimerais avoir les mots pour décrire cette sensation que je ressens de marcher au milieu de cette nature, sous ce ciel bleu, où il n’y a personne, sauf un pèlerin qui marche loin devant. C’est un sentiment de grande liberté. Même si tu es toujours connecté, quelque part, à la civilisation, c’est un peu comme si tu marchais en parallèle pendant un certain temps, où tu laisses de côté tout le futile et tu peux te concentrer sur l’essentiel. En fait, tu n’as aucune de toutes ces distractions toute la journée, toutes ces informations, toutes ces agressions visuelles. Tu es plus dans le calme, tu peux espérer trouver un peu de paix intérieure.

Il est 10h15 et ça fait 2h30 que je marche au soleil, je suis réchauffé. Je peux enlever ma veste et rester en t-shirt.

Au kilomètre 17 je suis perdu, j’ai loupé la flèche. Un brave conducteur espagnol s’arrête pour me dire qu’il faudrait que je redescende. Quand je lui dis que je vais essayer de rejoindre le chemin, il m’offre de m’y amener. Je décline parce que je suis obtu. Plus loin, une brave dame qui me voit passer, me demande si je vais sur le Camino et m’indique le chemin le plus court pour le retrouver. Ce détour me prend un bon kilomètre et demi.

Pause banane et kit Kat (2€)

Ma hanche me fait souffrir et le fait de n’avoir qu’un bâton n’arrange rien. Je m’arrête pour une petite pause repas. Il est 13h40 quand je repars et entre-temps le ciel s’est fermé. Il fait de nouveau froid alors je remets mon k-way.

J’attaque la dernière grosse montée, cette étape est vraiment dure. Je m’arrête pour acheter une banane et continue, cette maudite grimpée n’arrête pas depuis que j’ai quitté le restaurant.

Aujourd’hui j’ai appris que j’ai un frère jumeau. Un cycliste s’est arrêté et m’a appelé Philippe. Je lui ai dit que je ne m’appelais pas Philippe. Il m’a dit qu’il avait un ami en Belgique qui me ressemblait comme deux gouttes d’eau. Je lui ai répondu que ce n’était pas possible, que j’étais trop beau pour avoir un double. Mais il n’a pas compris la blague, m’a souris et il est parti en me souhaitant buen Camino.

Sur la fin j’ai pris une charmante variante qui longe une rivière dans un sous bois, plutôt que de marcher sur la route. Par contre, je pense que ça m’a bien rajouté deux bons kilomètres.

A 15h40 j’arrive finalement au refuge La Virgen Peregrina. Je suis fatigué mais heureux de cette magnifique journée et de la chance d’avoir pu la vivre.

L’étape qui grimpe !

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