Je pars tard, à 8 heures, après avoir pris le déjeuner à l’auberge. J’ai bien aimé la simplicité de l’endroit, mais c’est vrai qu’un seul local douche, lavabo et WC pour 29 pèlerin(e)s, ça fait un peu court. J’ai eu froid cette nuit. J’avais bien une couverture, mais un peu légère.
L’étape du jour prévoit 27km sur beaucoup de macadam, dangereuse à certains endroits où les pèlerins croisent camions et voitures sur la même route. Je pars de Porto, il fait gris et la météo locale prévoit un peu de soleil, puis la pluie.
Macadam oui, mais pas que, heureusement !
Il me faut 1h20 pour sortir de Porto et de sa périphérie. Hier je n’ai vu aucun pèlerin et j’ai marché seul. Aujourd’hui je commence à en voir quelques-uns. J’ai parlé avec un Allemand, un couple de Taiwanais et un Anglais. Une pluie fine se met à tomber, alors je mets la protection du sac. La pluie tombe de plus en plus fort, je suis mouillé alors je décide de mettre la cape. Je suis sûr que si je la mets, le soleil va sortir, mais si je ne la mets pas, ça va continuer de pleuvoir fort. Confirmé ! 20 minutes plus tard le soleil brille. Je garde la cape encore un bon moment, mais c’est pénible sous ce plastique, alors finalement je l’enlève… Et de se remettre à pleuvoir peu après. Ça restera comme ça jusqu’à l’étape, pluie et quelques rayons de soleil en alternance.
Sur le Camino.
Je m’arrête pour un café et en profite pour demander le timbre.
Pas terrible au niveau du cholestérol, mais qu’est-ce que c’est bon !
Depuis Coimbra je dois avoir deux timbres par jour et je me rends compte que je n’aurai pas assez de place jusqu’à Santiago. Il faut donc que je trouve une nouvelle crédentiale. Je m’arrête devant un magnifique monastère, ils en ont une. Et c’est là que je retrouve Renato et ses compagnons. Ils vont passer la nuit dans ce donativo.
Monastère de Vairão.
Moi par contre, j’ai encore 2 km à faire. J’arrive à l’étape avec le soleil. Il reste un lit, c’est le dernier et c’est celui du haut Je vais profiter du soleil pour laver mes deux jeux d’habits sales. Hier, en effet, je n’ai pas pu faire de lavage à cause du mauvais temps.
Je quitte l’auberge à 7 heures, le dernier comme d’habitude, Renato et ses amis sont déjà partis et on devrait se revoir à Porto. La météo locale m’annonce rien de bon, il fait gris, humide et froid. Mes pieds vont mieux heureusement et la cloque à droite s’est résorbée. Comme hier, je détends au maximum les lacets sur l’avant, du coup je ne boîte presque pas. J’ai dû trop serrer au départ et c’est certainement la cause de mes douleurs. Je reste confiant que ça va se régler ces prochains jours, à part peut-être le talon droite, on verra.
Sur le Camino.
Le tracé du jour me plaît beaucoup, puis le soleil pointe et va même m’accompagner jusqu’à Porto. Je craignais un peu ces 6 kilomètres d’arrivée à Porto, mais à tort car c’est beau, rien à voir avec ces horribles zones industrielles que j’ai traversées dans le passé.
Le Camino.
J’arrive à Porto, il fait beau et la ville est magnifique. J’y étais en 2011 et j’en avais gardé un bon souvenir. Il y a un monde ! C’est le tourisme !
Après 16 jours de marche, j’arrive à Porto.
Je marche 1.7km à la recherche de l’auberge des pèlerins, pour rien. Les 53 lits sont réservés : c’est bien fait pour ma pomme, j’aurais dû appeler avant. L’hôtelier me donne une adresse à l’autre bout de la ville où il devrait y avoir de la place. Je prends le métro et arrive à l’ alberguo dos peregrinos Senhora da Hora, et il y a un lit pour moi, 12€ avec couverture. L’hospitaliero m’informe qu’il faut attendre 15h pour l’enregistrement mais il veut bien garder mon sac. Ça m’ennuie de rester avec mes habits transpirés et mes chaussures, mais je vais en profiter pour aller visiter un peu Porto.
Malheureusement il pleut aujourd’hui.
Le ciel va se couvrir petit à petit et la pluie commence. Alors que je marche le long du Douro, je tombe sur mes compagnons pèlerins italiens. Ils ont pris un Airbnb, ils sont très contents et ils me proposent de venir manger chez eux ce soir : ils vont faire une carbonara. Malheureusement je dois décliner car il faut que je retourne à l’auberge pour faire ma douche, et puis je n’aurais plus la force de revenir dans le centre-ville pour aller chez eux. Moi demain matin je me lève tandis qu’ eux vont rester deux ou trois jours à Porto. Nous nous saluons, peut-être nous retrouverons-nous à Santiago ? En tous les cas, j’aurais eu grand plaisir de les connaître et ça semble réciproque.
Porto.
À l’auberge, je rencontre une allemande qui a vécu quelques années au Brésil et un italien. Les deux commencent leur Camino à partir de Porto. C’est de Porto que partent différentes routes, soit le Camino Central, la route côtière et la variante spirituelle. Demain je poursuivrai sur le Camino Central.
Je pars à 7h du matin, la pluie vient de s’arrêter, tout est trempé, il fait frais et très humide. Je passe devant deux cafés encore fermés, mais devant lesquels des gens attendent l’ouverture : courageux ! Je m’arrête pour essayer d’élargir au maximum les lacets avants de ma chaussure gauche. Je pense que j’ai trop serré au début provoquant cette grande douleur au pouce. Depuis hier ça va mieux d’ailleurs, et je pense que ça devrait se régler dans les 3 ou 4 jours. Bien sûr je souffre toujours, les départs après arrêt sont très pénibles, mais je pose beaucoup mieux les pieds.
Selon le guide, l’étape du jour devrait faire dans les 35 km mais je pense que je vais la couper en deux. En rentrant du souper hier soir, je trouve mes deux compagnons italiens qui se sont fait un couple d’amis. Je les vois marcher les quatre devant moi sur une partie bien moche du tracé.
Giulia, David, Claudio et Fabio sur une partie du tracé bien moche.
Je m’arrête à un café et je rencontre un Anglais qui est venu d’une traite d’Agueda à São João de Madeira (il m’en a fallu deux), et qui va aller jusqu’à Porto aujourd’hui (j’y vais en deux fois). Quand je lui dis qu’il est jeune et fort, il me répond qu’il a 78 ans. Il a vraiment l’air en forme. D’ailleurs il fait des marathons de 48 km, il court depuis 58 ans et n’a aucun problème d’arthrose, de hanche, de genoux, ni de cheville. Quand je dis que nous sommes tous uniques !
Pluie et macadam pour l’étape du jour.
Il fait vraiment très frais ce matin, j’ai les mains gelées. J’ai juste mon t-shirt sous mon k-way et d’habitude après une heure de marche je suis réchauffé, pas aujourd’hui. Je rencontre un Hongrois avec qui je marche un moment. Puis je le laisse filer car il a un rythme plus rapide que le mien. Le temps n’est vraiment pas bon, il pleut beaucoup, à des degrés divers, ce qui oblige même à mettre le poncho. La majorité du tracé se déroule sur du macadam, voire au bord de routes avec du trafic. Ce matin, il y a deux personnes qui m’ont interpellé pour me diriger sur le Camino. J’allais à nouveau prendre une fausse direction, et c’est pas faute de regarder.
Sur le Camino.
Les deux nouveaux amis des compagnons pèlerins italiens s’appellent Giulia et David. Je les retrouve tous dans un café. Comme nous allons au même endroit, nous faisons le reste de la route ensemble. Ils essaient de réserver mais ce n’est pas possible dans cette auberge. C’est effectivement assez spécial cet endroit, parce que c’est ouvert, tu peux choisir ton lit, et même faire ta douche et laver tes affaires. Il y a un avis qui informe que l’hospitalero viendra à 17h pour les enregistrements. Moi je fais la totale, douche et lavage des habits. Les autres, par contre, décident de poursuivre. Ils disent qu’il n’y a rien ici et qu’il n’y a que 15 km jusqu’à Porto. Ils me proposent de les accompagner mais pour moi c’est bon, je vais rester ici, même si effectivement il n’y a rien : un seul snack bar qui ne fait pas de repas le soir.
Mes compagnons pèlerins italiens que je devrais retrouver à Porto.
Mais qu’elle n’est pas ma surprise, une heure plus tard, quand apparaît Renato que j’avais connu sur le Camino Francés. Il fait aussi le Caminho Português, il était une étape derrière. Aujourd’hui il a marché 40 km avec ses compagnons, et nous nous retrouvons après deux ans !
J’ai déclenché le compteur trop tard, manquent les premiers 3.3km
Il a plu violemment durant toute la nuit. J’étais à l’abri, au sec et au chaud, avec l’espoir que cette pluie soit celle qui avait été anticipée pour aujourd’hui. Effectivement, quand je pars le matin à 7h20, il ne pleut plus et la météo prévoit du temps sec pour la journée.
Camino suivant le train.
Cette pluie a laissé des traces, notamment sur les sentiers forestiers où certains passages sont compliqués.
Compliqé le passage !
Après quelques 7 km, environ 1h30 de marche, l’espoir est déçu et la pluie se met à tomber assez fort. Je m’arrête et je mets la protection du sac. Je reprends ma marche sous la pluie et m’arrête dans un café. Il est 9h30, il y a le barman et un seul client qui boit de l’alcool, et la télévision qui hurle. Je ne sais pas si c’est le barman ou le client qui est sourd, mais cet endroit est déprimant. Je prends quand même un café et j’en profite pour regarder les possibilités de logement pour ce soir : il y a un « donativo » qui a 9 lits. Vu le nombre de pèlerins qui sont partis avant moi, je suis quand même un peu inquiet. Je décide alors de téléphoner parce qu’au Portugal les gens peuvent réserver dans ces gîtes. Je tombe sur un répondeur mais je ne comprends pas du tout le message, alors j’abandonne.
Le Camino.
J’avais aperçu un pèlerin devant moi ce matin au départ, mais comme je m’arrête pour prendre des photos et pour mettre la protection du sac, je l’ai perdu. Ça va bien faire 2h30 ou plus que je ne vois personne. Vers 11h, après environ 16 km de marche, je dépasse quatre pèlerins. Ils viennent d’Australie. Il y a la fille Tia, sa mère, son copain et un autre garçon. Ils ont réservé un appartement et ils mentionnent le fait qu’il n’y a que 9 lits à l’étape. Je m’étonne moi-même, mais je reste serein, j’aurai une couche ce soir.
Sur le Camino
En marchant, je me fais de la réflexion que l’étape est très pentue. Ça grimpe terriblement par endroit et sur de longues distances. Et, d’un coup, je contrôle et je m’aperçois que j’ai dû louper une flèche et que j’ai quitté le Camino. C’est rageant, sur une longue étape qui va déjà prendre tant d’heures, je n’ai pas besoin de ça ! Voilà, ça me prend 20 minutes et 2 kilomètres pour reprendre le Camino.
Juste 3 minutes de violentes pluies.
Je suis surpris par une violente averse en milieu totalement découvert. Je cours m’abritter sous un arbre à 50 mètres. Ça ne prend que quelques secondes mais je suis trempé. Et c’est mouillé que j’entreprends la laborieuse tâche de mettre la cape de pluie : pénible !
Surpris par une pluie violente.
Il est 15h30 quand j’arrive au donativo Casa da Misericordia. Je suis lessivé et je souris à la brave dame qui me demande si j’ai réservé. Je réponds par la négative, le ventre un peu serré quand même… C’est bon, il reste une couche pour moi, pour 5€. Cet endroit est spécial, un EMS qui a aussi un abri pour pèlerins.
Casa da Misericordia, donativo, 5€ avec draps et couverture.
Comme il est tard et que mes affaires n’auront pas le temps de sécher, je vais au salon lavoir pour la première fois. Ça va me coûter 7€ pour un slip, une paire de chaussettes, un t-shirt et un short. Ca va surtout me prendre 45 minutes, mais bon je rencontre et parle avec un jeune couple qui m’explique comment ça fonctionne (suis peu pratique avec ces choses) et un couple plus âgé paumé comme moi.
Il est 7h40 lorsque je quitte la résidence. Il fait gris, il y a du crachin et les prévisions annoncent de la pluie jusqu’à vendredi compris. Il me faut marcher 4 km pendant 45 minutes le long d’une nationale très encombrée pour retrouver le Camino. C’est le problème des logements qui ne sont pas sur son tracé.
Le Camino quitte la route.
Aujourd’hui ça fait 13 jours que je marche mais j’ai l’impression que ça en fait 1000. C’est vrai qu’en peu de jours, tu entres dans une routine tellement différente de ta vie habituelle que tu te retrouves carrément dans un autre monde. Tu n’as plus tes repères ni tes appuis habituels, tout est différent, tu portes ta maison sur ton dos maintenant.
Un tracé comme je les aime.
Il y a des différents types de pèlerins sur le Camino. D’abord bien sûr la motivation. Si presque tous déclarent leur foi en Dieu, certains sont religieux pratiquants, d’autres croient mais sont opposés à l’église, ses richesses et ses représentants. D’autres ont des motifs spirituels, et certains des objectifs sportifs, type aller jusqu’à la fin du monde à un rythme de 40 km par jour. J’ai même rencontré un Français qui se dit carrément athée. D’ailleurs il n’a pas pris la variante Fatima, disant qu’elle n’avait aucun intérêt. De mon côté, j’ai de la peine à comprendre ce pèlerinage sans croyance. Et puis il y a les nationalités, ces derniers jours seulement j’ai rencontré des Français, des Italiens, des Suisses, des Australiens, des Allemands, un Singapourien et un Anglais. Et pour l’âge, s’il y a des jeunes entre 20 et 36 ans, et des personnes dans la force de l’âge, je relève une bonne proportion de retraités/ées de 60 ans+.
Bucolique.
Il me faut presque deux heures pour sortir de ces maudites routes et hameaux un peu tristes et pas très jolis, pour finalement tomber sur un type de tracé comme je les aime. J’ai parlé trop vite car après 10 minutes, je me retrouve à marcher sur une nationale à quatre voies. Le joli morceau d’avant n’était en fait qu’un raccourci.
Je n’aime pas du tout marcher le long des routes.
Je ne suis pas encore à la moitié de mon parcours mais je peux déjà confirmer ce que j’avais lu, à savoir le manque d’infrastructures, notamment pour les logements, la possibilité de se restaurer ou de se désaltérer sur de long traits de certains trajets, et le peu de points d’eau fonctionnels. Par contre, j’ai entendu que tout s’améliore à partir de Porto. C’est vrai que de très nombreux pèlerins qui font le Caminho Português partent directement de Porto. Sur le tracé lui-même, il y a des endroits magnifiques bien sûr, mais certaines parties sont moches et pénibles, sur des routes goudronnées et souvent encombrées de voitures et de camions. Heureusement, la vie est ainsi faite que l’on ne se souvient que des bonnes choses.
Sur le Camino.
Le crachin s’est transformé en pluie fine et j’hésite un moment avant de finalement mettre mon k-way, quand les gouttelettes sur mes lunettes m’empêchent de bien voir. On ne me croira pas, et d’ailleurs je n’ai pas de témoin car je marche seul sur des chemins forestiers, mais la pluie s’arrête moins d’une minute après avoir mis mon k-way. Finalement, c’était la bonne décision car le ciel se referme et la pluie recommence à tomber, en continu cette fois-ci. Je m’arrête dans un café, il y a déjà quelques pèlerins assis là. J’y rencontre une charmante dame qui me demande de quelle région de la Suisse romande je viens. Elle m’avait repéré à mon accent. Elle-même vient d’Estavayer-le-lac, elle voyage seule, à son rythme.
J’arrive bientôt à l’étape.
J’arrive à mon étape, qui n’était pas très longue aujourd’hui. Il pleut et il fait froid. Cette étape sera spéciale pour moi car un ami de ma femme, Portugais habitant la région, va m’héberger pour la nuit. Il passera me prendre à sa sortie du travail, j’ai beaucoup de temps, j’en profite pour mettre à jour mon carnet de route.
Ce matin je décide de remettre mes chaussures de marche. Il est 7h20, il fait gris et il y a du crachin quand j’entame ma quête journalière de mon premier café et croissant.
Le Camino.
L’étape débute par un sentier et des chemins forestiers, puis continue sur du « goudron paisible » comme l’écrit le guide. On traverse des hameaux où je note beaucoup de terrains et maisons à vendre. Certaines parties sont à l’abandon.
Beaucoup à vendre ou à l’abandon.
Cette nuit dans le dortoir, nous avons eu l’un des participants au championnat mondial du ronflement. Et naturellement il était dans le lit juste à côté du mien. Je considère sérieusement la possibilité faire un procès à Quies car leurs boules sont inutiles dans ces cas-là.
Sur le Camino.
Je rattrape mes deux compagnons pèlerins Claudio et Fabio, et nous marchons ensemble plusieurs kilomètres avant de trouver la première opportunité d’un café dans une station-service. Et tout à coup, Bernard arrive lui aussi ! J’ai déjà vécu ça plusieurs fois dans le Camino Francés avec plusieurs compagnons de route que tu croises, tu perds et retrouves à intervalles irréguliers.
Des galets pour accompagner l’itinérance du pèlerin.
Bernard part avant moi et moi je pars avant les deux italiens. Je rattrape Bernard et nous marchons ensemble un bon moment. Je m’arrête pour enlever ma veste et boire de l’eau. Lui il continue. Je fais de même dans ces cas-là pour ne pas casser mon rythme. Comme il marche vite, je ne le rattraperai plus et terminerai l’étape seul. À midi je me suis arrêté dans un restaurant, j’avais faim. Je voulais manger chaud. J’ai pris des calamars grillés, c’était très bon et avec un café j’en ai eu pour moins de 19 €. En sortant du restaurant, le ciel s’est découvert, le soleil brille, il fait chaud, c’est magnifique !
Je suis content d’arriver à l’étape. Mes pieds me font souffrir, mais moins qu’il y a deux jours et ça semble aller dans la bonne direction. Ça m’aura fait du bien de porter mes sandales une journée, peut-être à refaire. La résidence San Antonio, où je trouve une place au dortoir pour 15 €, est en dehors de la ville mais l’endroit est magnifique. Et là je retrouve le français sourd, les deux italiens et plusieurs pèlerins que j’ai déjà croisé mais avec qui je n’ai pas vraiment parlé.
Je pars à 7h20, comme toujours le dernier et je trouve tout de suite un café. L’étape du jour est prévue essentiellement sur le macadam. Je décide alors d’essayer de marcher avec mes sandales, à l’instar de mes compagnons pèlerins italiens, Alessandro et Fabio.
L’étape du jour en sandales.
Je vois un pêcheur sur le Douro et je lui demande s’il y a du poisson. Ça a vraiment l’air sale sur les bords. Il me dit que oui avec un sourire. Dont acte, mais franchement…
Mon amour, ceci est ma prière pour sauver ton cœur.
Heureusement certaines parties du tracé traversent de magnifiques forêts et passent de jolis sentiers bucoliques. Par contre, c’est pas terrible avec des sandales et bien sûr des petits cailloux se glissent sous les pieds. Cela dit, je peux poser complètement le pied et le dérouler. Je sens les douleurs bien sûr, mais en sourdine, et je ne suis pas handicapé.
L’étape du jour sur macadam.
Je rencontre un pèlerin français, il me fait comprendre qu’il est sourd. Nous marchons ensemble en silence et puis on s’arrête devant un café. Il n’est pas muet mais difficilement compréhensible. Il repartira avant moi en me faisant des signes qu’on se reverra peut-être. En fait, on se reverra et se reperdra quelques fois, jusqu’au soir quand nous nous retrouverons dans le même dortoir. Bien sûr, dans ces conditions l’échange est difficile, mais néanmoins réel. Et je me fais la réflexion qu’on devrait enseigner le langage des signes à l’école, ça pourrait même être le langage universel.
Sur le Camino.
En fin de matinée le soleil tape fort. C’est systématique depuis mon arrivée : il fait frais le matin, le soleil brûle quand il brille la journée, et il fait très froid dès qu’il se couche.
Santiago se rapproche, un pas après l’autre.
En suivant un très joli sentier, je regrette de ne pas pouvoir partager les odeurs. Et c’est dommage parce qu’il y a beaucoup de très bonnes senteurs.
Les senteurs !
J’arrive finalement à l’étape, toujours en sandales, et il y a un lit pour moi à 12€. J’y retrouve le français sourd et les deux italiens de la nuit dernière à Coimbra. Il y a également les deux françaises rencontrées à Caxarias.
Hier soir, nous avons demandé à notre hôte où manger et il nous a envoyé dans un petit bled à côté en nous disant que c’était à moins de 2 km. En fait, il y en avait deux et demi, soit 5km à rajouter au compteur. On ne peut pas lui en vouloir, il avait téléphoné avant et nous étions les seuls clients pour manger, la patronne ne fait pas de cuisine le soir. Elle nous a préparé un plat simple, c’était excellent et pas cher.
Bernard est parti tôt ce matin, il m’a laissé un yogourt : quelle brave personne. Je pars à 7h20, il fait très frais et j’espère trouver rapidement une boulangerie ou un café. Ça me prendra quand même 8 km et 2h de marche pour le trouver.
Sur le Camino.
Je boîte depuis le départ et il me faudra presque 5 kilomètres avant de poser le pied gauche complètement par terre. Ça reste douloureux, mais le fait de ne pas poser mon talon par terre développe une douleur dans la cuisse. Alors c’est bon, on va déjà gérer les problèmes actuels avant d’en rajouter d’autres.
Je me fais la réflexion qu’il y a 10 jours que je marche et je n’ai pas encore écouté de la musique, une de mes émissions de radio enregistrées, ou mon livre audio. Je suis en dehors du monde et de son actualité, et c’est très bien. Je vois quand même des gens qui passent avec des écouteurs et certains ont carrément le téléphone dans la main qui diffuse de la musique à fort volume. Je pense qu’ils perdent beaucoup en se déconnectant de l’instant présent et tout ce qu’il représente.
Obstacle sur le Camino, là tu es content d’avoir des bâtons.
C’est une région très catholique avec beaucoup d’églises, malheureusement fermées, et on entend les cloches très souvent dans la journée.
Ferveur catholique.
Je croise de nombreux pèlerin/es qui vont à Fátima. Ils portent des croix, des habits religieux et surtout des gilets de couleurs fluorescentes. Ça souligne le côté dangereux de ces routes pratiquement sans trottoir où les voitures peuvent circuler très rapidement. Ils vont à Fátima en 3 jours, moi il m’en aura fallu 4 pour aller dans l’autre sens. C’est vrai qu’ils ne portent pas leur sac.
Ils vont à Fátima.
Le tracé du Camino me plaît aujourd’hui, avec beaucoup de jolis paysages, des sentiers dans les champs, des chemins dans la forêt et relativement peu de bitume. Je rattrape deux italiens de Sardaigne et de Naples. Le sarde marche en chaussettes dans des sandales. Devant mon étonnement, il me dit qu’il a fait le Camino Francés avec ces mêmes sandales. Ça doit être un truc italien, entre lui et Alessandro avec ses Birkenstock !
Un tracé comme je les aime.
C’est l’étape des dénivelés aujourd’hui, avec beaucoup de montées, et quelques descentes, pénibles. Je suis très heureux de trouver une place dans un dortoir au monastère Santa Clara pour 10 €. C’est à 2 km du centre, mais bon !
Après les routines habituelles de la douche et du lavage et étendage des habits, je pars faire un tour dans cette magnifique ville de Coimbra.
J’ai vu de nombreux pèlerins hier hier soir à l’hôtel et je retrouve Blanche et Gérard. Ils étaient venus de Fátima en taxi et aujourd’hui ils vont prendre le bus jusqu’à Coimbra. Ça va leur faire sauter cinq étapes. Faut dire que Blanche a très mal aux pieds et qu’ils sont des grands angoissés de la réservation. Hier ils ont téléphoné à tous les logements, ils me disent qu’il n’y a rien de disponible jusqu’à Coimbra. Ça m’inquiète un peu quand même mais j’ai toujours la foi, je trouverai une couche pour la nuit.
Le Camino.
Je pars à 7h30 après un café croissant à la boulangerie. L’étape du jour s’annonce meilleure, sur des chemins de terre et parfois sur un peu de goudron paisible. Par contre, elle est longue avec plus de 33 km. Vu l’état de mes pieds et considérant que la suivante est de 16 km, je verrai si je peux mieux répartir les deux.
Depuis Ansião le parcours est super bien fléché.
J’ai un dilemme en suivant le guide car je devrais prendre à gauche mais il y a une flèche jaune qui m’indique d’aller tout droit ! Je décide de suivre le guide et bien m’en a pris car plus loin je retrouve le chemin. Ça m’arrivera deux fois. Et puis, à un croisement où j’hésite car il n’y a pas d’indication et le guide n’est pas clair, j’interpelle un paysan sur son tracteur pour lui demander ma route. Il me donne une direction, je la suis, et tout à coup j’entends qu’ il m’appelle pour confirmer que j’allais bien sur Santiago. Il était revenu en arrière et voulait s’assurer qu’il m’avait donné la bonne indication. Puis il fait un tourné sur route pour reprendre sa direction originale. Beaucoup de gens sont très gentils ici !
Sur le Camino.
Je commence à croiser plusieurs pèlerins, ils vont tous à Fátima pour de grandes célébrations qui auront lieu cette fin de semaine. Ceci explique probablement le manque de logements car de très nombreux pèlerins viennent du monde entier pour y participer.
Certaines parties du tracé ont des pavés inégaux et je réussis à me taper le gros orteil gauche contre l’un d’entre eux. J’ai vu des étoiles. Ça semble une blague mais c’est la bien triste vérité et le pire c’est que ça m’arrivera encore trois fois.
Je m’arrête à Rabaçal devant un restaurant et je tombe sur Bernard ! Nous prenons le menu du jour avec potage, plat principal, boisson et café pour 10 € chacun. Il a réservé à quelques kilomètres et nous marchons ensemble sous un soleil de plomb.
Sa réservation se trouve à Zambujal, j’ai déjà 25 km dans les jambes et souffre des pieds. Je décide de tenter ma chance et demande s’il y a une chambre disponible. La dame me dit que non, qu’il n’y a rien, pas même au village d’après et que je dois aller jusqu’à Condeixa, à presque 10 km selon le guide. J’insiste un peu mais sans effet. Alors je salue Bernard et reprends ma route. À ce moment-là, elle nous dit qu’il y a un divan dans la chambre et que si nous nous arrangions, et que le patron approuvait, je pourrais dormir ici. Ça m’ennuie d’imposer ça à Bernard mais il ne veut pas me laisser partir comme ça, alors finalement je reste. Même si je participe financièrement, c’est très généreux de sa part car la privacité est quelque chose d’important pour tous. Encore une preuve supplémentaire que Santiago pourvoit à tes besoins et que tu ne dois pas te préoccuper.
Hier soir avec Bernard nous sommes allés à une épicerie pour acheter de quoi se nourrir, ça rajoute encore 2.6km au compteur, mais notre hôte ne fait pas la restauration. Maria, notre hôte, est une femme remarquable. Seule à gérer sa maison, elle a beaucoup d’empathie, va chercher les pèlerins perdus, les rattrape en voiture pour remettre les affaires oubliées. Elle a offert des légumes aux françaises et préparé un délicieux dessert pour tous. Et ce matin elle était là pour s’assurer que tous aient de l’eau. Elle dit que c’est sa manière de faire le Camino, vu qu’a son âge et dans ses conditions, elle ne peut pas le faire physiquement. Encore une magnifique rencontre.
Une fête se prépare.
Je pars à 7h30 après une bonne nuit de sommeil, interrompue quelques fois par les aboiements des chiens. Tous les résidents sont déjà partis et comme d’hab je suis le dernier. L’étape du jour s’annonce malheureusement aussi goudronnée que la précédente. Il y aurait bien une alternative plus aventureuse mais l’état de mes pieds l’exclu. Cette maudite cloque au pied gauche me fait beaucoup souffrir, je ne peux pas poser correctement le pied par terre et je boîte. Des deux pieds en fait, car le pied droite n’est pas en reste avec sa cloque. Comme les jours précédents, l’adrenaline, l’échauffement des muscles et l’esprit qui divague rendra la douleur supportable et réduira le boîtement. Ce qui est terrible en fait, c’est quand tu repars d’ un arrêt. C’est comme si tes pieds s’étaient ankylosés et la douleur explose. Tu n’arrives plus à poser tes pieds par terre. Et puis rebelote, adrénaline, échauffement, divagation et ça repart.
La route !
Des routes nationales, très encombrées au départ, puis avec moins de camions et voitures quand même. Par contre ça roule vite et c’est parfois dangereux vu l’étroitesse, voir le manque, des trottoirs.
Il est où le trottoir ?
Après une demi-heure je trouve une boulangerie « au pêché divin » qui n’a pas volé son nom. Les diverses sortes de croissants sont plus alléchantes les unes que les autres avec une moyenne de 4 millions de calories. Je me rabat sur un croissant normal, il est délicieux.
Magnifique journée, ciel bleu, presque pas de nuage!
Il y a beaucoup de chiens dans cette région et ils aboient quand tu passes. Dans les propriétés ils sont attachés, mais là je croise trois petits roquets en liberté qui me chargent et l’un d’entre eux me mord à la cheville gauche ! J’ai dû user de mes bâtons pour les faire reculer. J’en suis quitte avec deux marques de croc et un grand étonnement, je ne m’y attendais pas du tout.
Les oliviers.
Dû au manque d’indications, je loupe une déviation et pars dans la mauvaise direction. Ce détour me coûtera 4 km et 45 minutes. À part l’aspect physique de la fatigue, il y a surtout l’aspect moral, parce que revenir en arrière sur tes pas, quand tu as une telle étape, c’est vraiment pénible. J’en profite pour rendre hommage au portugais qui sont vraiment très gentils. Tout le monde veut t’aider. Dès que tu as une question, le café entier cherche la solution. Ils sont souriants, plein de bonnes volontés, c’est très agréable. Finalement je retrouve le chemin et la deuxième flèche d’indication du jour : c’est vraiment pas terrible. Encore une fois c’est à vérifier car on me reproche souvent de ne pas voir l’évidence.
J’ai croisé un restaurant ce matin, mais c’était avant midi alors j’ai passé l’option. Bien mal m’en a pris car je n’en ai trouvé aucun autre jusqu’à l’étape. Il y a bien quelques cafés et un seul point d’eau qui n’était pas potable.
Enfin un point d’eau… non potable.
Je passe la journée seul avec moi-même (pas terrible comme compagnie) et ne verrai aucun pèlerin. J’ai du temps pour cogiter et j’arrive à la conclusion que la souffrance fait partie intégrante du pèlerinage. Mais il n’y a rien qui soit si douloureux, si insupportable, qu’on ne puisse surmonter.
Sur le Camino.
Finalement j’arrive à Ansião et je suis détruit mais heureux. Le patron de l’ hotel me demande si j’ai réservé. Je lui dis que non et lui sert mon laïus habituel, que ce n’est pas dans l’esprit du Camino. Il me dit d’attendre et, au bout d’un moment, revient en souriant avec une clé. J’ai la foi et même une chambre pour la nuit !