Jour 7 : Fátima – Caxarias, 26km, 5h45.

Hier je m’assois à une terrasse et tombe sur Bernard. Retrouver le chemin du Camino ne semble pas évident alors il propose de partir ensemble.

Vers 8 heures nous entamons l’étape du jour qui,  contrairement aux sentiers d’hier, s’annonce 100% goudron. D’ailleurs ça commence par une nationale avec un gros trafic et c’est même dangereux car il n’y a pas vraiment de trottoir. Tu as 10 cm avant la ligne blanche et les voitures roulent vite. Heureusement, nous passons bientôt à des départementales bien moins encombrées. C’est toujours du bitume, mais c’est plus agréable. Il fait beau et nous traversons de jolis paysages.

Mes applications n’incluent pas la variante Fátima, il faut donc se fier au guide papier ainsi qu’au fléchage. Lire une carte c’est moins évident pour moi que de voir sa position en point bleu sur le tracé en jaune. Quant aux indications fléchées, elles pourraient être améliorées, pour dire le moins.

Alors à gauche ? à droite ? Aucune indication !

Finalement nous avons cheminé presque toute l’étape ensemble, Bernard et moi, et nous nous séparons à l’entrée de Caxarias. Il poursuit sa route pour rejoindre sa réservation, moi je dévie et marche 1,7km en direction du seul logement disponible dans le village. Malheureusement, et comme hier à Fátima, c’est fermé. Il est possible de dormir à la salle paroissiale où il y a douche et WC, mais pas de lit ni de matelas. Non merci. Je refais le trajet à l’envers plus 2 kilomètres pour arriver finalement là où se trouve Bernard ! Tenu par une dame très gentille qui me demande si j’ai déjà mangé et qui, à ma réponse négative, me prépare des pâtes avec des œufs et salade : délicieux ! Le tout est spartiate, une douche WC lavabo commun mais j’aurai une couche pour la nuit et il n’y a pas d’alternative.

En plus j’ai maintenant une cloque au pied gauche également, mes deux pieds me font souffrir. L’avantage c’est que la forte douleur des pieds me fait oublier ma hanche…Always look on the bright side of life…

Juste avant d’arriver à l’étape, j’ai rencontré une mère et sa fille qui vont à Fátima, nous nous sommes parlé en anglais de chaque côté de la route. Puis sont arrivées à la résidence deux françaises qui vont à Santiago. Ça fait quatre pèlerins croisés, un record !

Jour 6 : Minde – Fatima, 25km, 6h30.

Hier soir sur la recommandation de mon hôte, je suis allé manger à la caserne des pompiers. Une petite salle bien animée, tout le monde était venu voir le match de foot. Petite restauration et grande ambiance !

Première indication de distance pour Santiago.

Il fait très frais ce matin et je croise Bernard au café mais il s’en va déjà. Je le rattrape plus tard et nous marchons ensemble pendant un bon moment. Puis chacun reprend son rythme et je continue seul. Comme les jours précédents, je ne vois aucun pèlerin et ne croiserai qu’un bûcheron.

C’est peut-être moi mais je trouve ce chemin mal signalé. En fait je me perds, tourne en rond 20 minutes et me retrouve dans un sous bois presque inextricable. Pas de trace, maquis dense, des arbres tombés et par deux fois mon pied tombe dans des trous cachés par la végétation. Je me fie au bruit d’une route plus bas et fini par retrouver le chemin après moult égratignures, jurons et beaucoup d’énergie.

Perdu dans le maquis, quelques sueurs froides.

Le premier gîte où je m’arrête est fermé. Je me rabat sur l’accueil des pèlerins à pied, un donativo (accès gratuit et tu donnes ce que tu veux/peux) et il y a de la place.

Accueil des pèlerins, donativo, je laisserai 10€

Je me rends compte que j’ai oublié un sachet qui contenait des pincettes et du papier WC et un t-shirt à Minde. Comme je n’en ai que deux, faudra en trouver un 100% acrylique.

Après les routines de la douche et du lavage des habits, je passe le reste de l’après-midi à visiter Fátima et surtout le sanctuaire. Fatima est une  jolie ville très touristique et le sanctuaire impressionnant.

Basilique de Notre-Dame du Rosaire de Fátima.

Jour 5 : Arneiro das Milhariças – Minde, 20km, 6h10.

Mes affaires n’ont pas séchées cette nuit alors je les remets mouillées sur mon sac. J’espère vraiment pouvoir le faire ce soir à la prochaine étape, car je porte mon dernier set de slip, maillot et chaussettes. Je prends un petit déjeuner avec du café soluble, pain et confiture mis à disposition par l’hôte et me trouve à la cuisine avec deux jeunes brésiliennes qui résident à Lisbonne. Elles vont à Fatima aujourd’hui car elles doivent travailler demain. Elles sont à vélo mais ça me semble difficile.

Départ à 8h et je rencontre Bernard, un Toulousain plus âgé que moi qui marche en mai de chaque année depuis 2018. Il a fait beaucoup de caminos en Espagne, France et Portugal. Il voyage seul car sa femme n’est pas sportive et il me dit, avec un clin d’œil, qu’il arrêtera bien un jour, mais quand ?

Bernard marche chaque année depuis 2018

Le départ est vraiment dur ce matin, ça monte ! L’étape est courte, semble-t-il, mais c’est dû au fort dénivelé à plusieurs endroits. Mais j’aime déjà beaucoup mieux ce type de tracé.

Par contre le temps n’est pas mon ami. Ça commence par un crachin qui va se transformer plusieurs fois en pluie plus ou moins forte. Finalement, je devrais mettre la cape que je n’enlèverai qu’une fois ou deux pendant les rares répits, car on ne respire pas sous ce plastique. Il fera moche et gris toute la journée.

Il doit y avoir un problème avec les distances entre la réalité et le guide. L’étape du jour est donnée pour 17 km en 4h10 et j’en ferai 20 en plus 6h. Je me suis arrêté pour boire un café et manger mais pas pendant 2 heures. Mystère ! Ce qui est sûr par contre c’est qu’il y a beaucoup de dénivelé, ça grimpe sur la fin, c’est infernal.

Sourire après la pluie.

Et de nouveau j’aurais passé la journée pratiquement seul, ne croisant que très peu de personnes.

En arrivant à Minde, le gîte espéré est fermé. Je vois une dame qui s’approche en courant. Elle est la fille du couple qui gérait l’endroit mais qui est décédé. La maison existe toujours alors elle me propose une chambre à 25 € que je prends. Je peux mettre mon linge à sécher, il y a une salle de bain. Ce sera parfait pour moi.

Minde
25€ avec lit et draps, linge de bain et savon douche.
Étape courte mais pentue.

Jour 4 : Santarém – Arneiro das Milhariças, 27km, 6h30

Je ne mets jamais de réveil et compte sur les autres. Mais ce matin personne ne bouge et quand je me lève il est 8h ! J’avais probablement besoin de toute cette récupération. Bref il est 9h30 quand je commence mon périple après le traditionnel café croissant. Il fait beau mais la pluie est annoncée dans la journée. Ma cloque au pied droite me fait boiter des deux jambes dès le départ, quel malheur !

A Santarém les chemins se séparent et je suis les flèches bleues de la variante qui doit m’amener à Fatima en trois jours. Les indications sont moins bonnes, il faut rester attentif et, de fait, je me suis déjà trompé deux fois déjà.

Cantinho dos peregrinos

Surprise, non compagnon pèlerin Alessandro me rattrape ! J’ai oublié de mentionner sa particularité, il marche pieds nus en Birkenstock. Il l’a fait sur le Camino Francés jusqu’à Leon. Il ne fait pas la variante mais il a tellement souffert cette nuit, ses pieds sont enflés et douloureux, qu’il est allé acheter de vraies chaussures de marche. Il m’a vu en revenant et décidé de me rattraper pour me saluer une dernière fois. C’est ça le Camino, des rencontres avec des gens que tu ne devrais jamais revoir, ils sont différents de langue, couleur ou culture mais nous nous rejoignons dans un même projet.

Toujours de la route asphaltée mais avec des traits plus agréables dans la campagne, sur de la terre battue. Je ne rencontre aucun pèlerin de tout le trajet. Je croise quelques personnes mais peu. C’est mort et pourtant nous sommes samedi. C’est vrai que je suis en pleine campagne, très peu de maisons.

Routine du Caminho, laver son linge à l’arrivée de l’étape.

Je manque une direction (mal signalée) et me retrouve sur une nationale pour un détour de plusieurs kilomètres. Mais j’arrive finalement et trouve un lit dans une charmante petite maison tenue par un très gentil monsieur. C’est très propre, 4 lits dans la chambre pour une salle de bains. 15€ avec couverture, un linge et la cuisine est pourvue de café, thé, pain, céréales qu’il t’invite à consommer. Très bonne expérience !

15€ avec linge et couverture

Jour 3 : Azambuja – Santarém, 35km, 9h.

Je me lève comme les autres à 6h mais dû à mon inefficacité crasse, je suis le dernier à partir à 7h. Perdu dans mes pensées, je prends la mauvaise direction mais c’est favorable car je tombe sur une boulangerie qui me servira un délicieux café com leiche et croissant mixte.

Quoi de mieux pour débuter la journée ?

Il est 7h30 lorsque j’entame cette étape qui est longue, plus de 30km, difficile, et avec peu de possibilités de logement à l’arrivée. Jacques et bien d’autres ont réservé, pas moi. Je continue obtu et considère que ça va à l’encontre de l’esprit du Caminho où tu t’en remets à Santiago. J’ai toujours la foi, je trouverai une couche.

Pas de possibilité d’étendre le linge lavé alors tu comptes sur le soleil

Finalement j’aurais dû prendre une demi pointure de plus pour mes chaussures de marche. Hier je me suis fait une ampoule au petit doigt du pied droit qui rajoute à la douleur de ma hanche gauche. Comme ça je boîte des deux jambes !

Bonne idée, sa maison sur un bateau

L’étape du jour est agricole avec des champs, des fermes et beaucoup de tracteurs. Je vois un peu plus de pèlerins aujourd’hui, Harry un irlandais et tout un groupe qui passe en faisant beaucoup de bruit…. pas trop dans l’esprit du Caminho.

Après Valada ça devient dur. De la terre battue, de la poussière, tu ne croises personne et il n’y a ni hôtel, ni restaurant, ni bar, ni point d’eau, pas de banc, même pas un tronc ou une pierre pour t’asseoir. Et tout ça pendant des heures, sur 16km et sous un soleil de plomb.

En fait ça me brûle sur les bras et la nuque et je décide de mettre mon chapeau du désert.

Un soleil de plomb qui te brûle

Je souffre de partout, Santarém semble inaccessible et même le moral en prend un coup. En plus, les derniers kilomètres sont en montée ! C’est certainement l’une des épreuves les plus difficiles que j’aie subie. Je suis détruit et prie Santiago de m’assurer une couche à l’arrivée : je n’aurais pas d’énergie pour marcher les 12km supplémentaires pour trouver un autre un gîte potentiel.

Santiago a pourvu mes besoins et à l’arrivée, après plus de 9 heure de marche, il reste un lit à l’auberge, le dernier !

L’étape épreuve

Jour 2 : Alverca do Ribateijo – Azambuja, 32km, 8h.

La nuit a été agitée en raison de ma hanche douloureuse qui me réveille régulièrement ainsi que du froid intense. A 7h15, je quitte la chambre. Je recherche un restaurant pour le petit déjeuner, mais celui qui était censé ouvrir avant 7h. n’offre finalement son service qu’à 8h. J’espère que cela ne sera pas à nouveau la galère pour trouver café et croissant. 

Finalement et après 6 km j’ai trouvé. Un tout petit bar au bord de la route tenu par une vieille dame très gentille. J’ai pu boire un café et un bolo de nata: très bon!

À Alhandra le chemin reprend le long du Taje, c’est juste magnifique, il y a même une partie qui s’appelle paradis et elle n’a pas volé son nom.

Il y a une chose dont on se lasse pas c’est vraiment tous ces gens que tu croises, des jeunes, des vieux, des blancs, des noirs, des jaunes qui tous te souhaitent « buen camino » avec un grand sourire !

Il y a peu j’avais tout enlevé à cause de la chaleur et je suis en t-shirt. Quelques nuages noirs passent et, d’un coup,  la pluie tombe avec violence. Le temps d’enlever mon sac, de sortir ma pèlerine, de remettre le tout pour me protéger, je suis trempé.

Je m’arrête pour manger dans un restaurant populaire qui est plein. Je demande un petit truc et le patron me répond en portugais mais je n’ai rien compris alors j’ai dit oui. Ils m’ont amené du poulet avec frites et riz. À mon avis il y en avait pour 9 personnes pendant 5 jours.

Je voulais juste un petit truc

De là l’étape est à oublier. Essentiellement du goudron, sur des routes nationales pleines de camions et voitures: épouvantable et dangereux ! D’ailleurs il semble que de nombreux pèlerins prennent le train pour l’éviter.

Camions, voitures, goudron….

Sur la dernière partie je rencontre Alessandro, un jeune italien de 33 ans de Milan qui a travaillé quatre ans au Matto Grosso, au Brésil, dans une organisation qui s’occupe des défavorisés.

Nous arriverons ensemble à l’auberge municipale mais il n’y a plus de place. On nous amène alors dans une petite école et il y a des matelas par terre pour une dizaine de pèlerins sans abris. Il n’y a qu’une toilette et deux salles de bains/douche pour lilliputiens (on ne peut utiliser que la douche).

Et nous retrouvons nos compagnons Gérard, Blanche et Jacques avec qui nous partageons le repas du soir.

L’étape à oublier

Jour 1 : Lisbonne – Alverca do Ribatejo, 31km, 8h

La journée commence mal à Bellevue, car il est 4h20 et le taxi commandé n’arrive pas. Je contrôle mes courriels et, de fait, la course a été annulée « probablement parce que l’horaire ne convenait pas au chauffeur » selon allotaxigeneve.ch qui avait confirmé la veille. Faites leurs de la pub !

Tout s’arrangera avec une autre compagnie, le vol de passe bien, et me voici devant la Cathédrale de Santa Maria Maior, Sé de Lisbonne, point de départ de mon périple. Et là je rencontre Gérard et Blanche, Français de Strasbourg. Ils ont 73/74 ans, ont fait de nombreux chemins de Compostelle. 2’350km en 2022 de chez eux à Compostelle , 10’000km depuis qu’ils sont à la retraite! Je leurs ai dit de contacter le Guinness book.

Pont Vasco da Gama

Ce qui est frappant sur ce Caminho Português c’est le peu de pèlerins, j’en aurais compté moins d’une douzaine de toute la journée contre des dizaines sur le camino francès. Le type de parcours est différent aussi, c’est plat (tant mieux). De beaux endroits à la sortie de Lisbonne et le long du Tage.

Malheureusement des épisodes de pluie, moi qui avais fait 31 jours en Espagne sans une goutte jusqu’à Santiago.

En arrivant à l’étape, je rencontre Jacques, un toulousain très sympathique. Nous finirons par partager une chambre à 40 Euros dans un hôtel de la zone industrielle où ils sont concentrés.

Fisterrana: Santiago – Fisterra – 89km/4 jours

Saint Jacques de Compostelle à Cap Finistère.

Après avoir parcouru 89km en quatre jours, Eunice et moi sommes arrivés à la fin du monde. Quelques moments difficiles mais dans l’ensemble que du bonheur.

Jour 1: Santiago – Negreira
Jour 2: Negreira – Olveiroa
Jour 3: Olveiroa – Corcubión
Jour 4: Corcubión – Fisterra
Fisterrana, certification officielle de la marche au Finistère.

Jour 31: Monte do Gozo – Santiago – 5km/1h08

Aujourd’hui je fini mon pèlerinage, c’est mon dernier jour et la descente douce sur Santiago dure à peine une heure. J’ai vraiment de la peine à réaliser que j’arrive au bout d’un si long voyage. Je repense à tous ces gens que j’ai connus, Gianni, Massimo, Renato, Stefano, Adley, Mateia, Gretel, Ronald, Otila, Guy, Sandra… des gens avec qui se sont créés des liens de sympathie et d’amitié, même si éphémères car condamnés à se défaire dès la fin de notre route quand chacun retournera à sa vie normale.

Je suis très ému en arrivant sur la place devant la cathédrale, très brassé et c’est dans ces conditions que je rencontre Stefano d’abord, puis Gianni plus tard. Gianni que j’ai connu au premier jour et que je revois le dernier. Les deux m’attendaient sur la place, espérant me revoir sans trop y croire.

Arrivée de pèlerins à cheval.

La file d’attente pour la Compostella est longue et la procédure administrative. J’en ressors avec le précieux papier, en latin, ainsi qu’une attestation de distance pour 779km officiellement parcourus. En fait j’en compte plus, pour m’être perdu et avoir emprunté quelques voies alternatives.

File d’attente pour la Compostella.

Durant les 30 jours précédents je ne suis jamais allé à la messe, ni même à la bénédiction des pèlerins. Aujourd’hui j’y ai assisté et même eu la chance d’avoir le botafumeiro ensensoir géant.

Botafumeiro, ensensoir géant.

A la sortie de la messe, Eunice était là qui m’attendait et c’est le plus beau cadeau de tout mon périple. Demain nous partons tous les deux pour le Finistère et nous devrions atteindre la fin du monde d’ici 4 à 5 jours.

Eunice était là, comme toujours dans les grands moments.

Ainsi se termine mon pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle. Aujourd’hui je sais pourquoi je l’ai fait, mais tout ce que m’a donné le Camino me restera pour très longtemps encore.

Lundi 30 mai 2022.

Jour 30: Arzúa – Monte do Gozo – 35.3km/8h37

L’albergue municipal d’Arzúa se trouve en face d’une pension/bar/restaurant. Hier en plus c’était samedi, mais quelle foire ils ont faite! et ça a duré jusqu’à point d’heure.

Ma dernière grande étape commence.

Bref je me suis pas le plus reposé quand j’attaque l’étape du jour. Une étape longue et qui en plus a de nombreuses descentes suivies de montées, suivies de descentes…à la fin ça grimpe sans fin.

Finalement j’arrive à Monte do Gozo qui n’est qu’à 4km de Santiago et d’où l’on peut apercevoir les tours de la cathédrale. Je n’arrive pas à croire que je suis si prêt de mon but!

Demain sera l’aboutissement de mon pèlerinage et je suis brassé d’émotions. Je suis fatigué aussi, avec plus de 70km dans les jambes en deux jours. Je vais aller dormir, demain est un autre jour.

Plus que 13km à Santiago.
Dimanche 29 mai 2022.