Jour 29: Airexe – Arzúa – 36.5km/8h54

Départ 6h40 car je voudrais rattraper le retard sur le plan original et pour cela il me faudra marcher 36km pour atteinte Arzúa. Il fait frais, brumeux et je suis seul sur plus de 5km.

Départ tôt, brume et solitude au petit matin.

Quand j’arrive à Palas De Rei ça change complètement. Le soleil commence à taper et je me retrouve au milieu de très nombreuses personnes. Il faut savoir que pour recevoir la Compostella, il suffit de marcher les 100 derniers kilomètres et obtenir deux timbres par jour. Il semblerait que nombreux sont les pèlerins qui optent pour cette option. Ils partent généralement de Sarria et cela expliquerait cette augmentation.

Finalement j’arriverais à Arzúa vers 15h45 après presque 9h de route. Lessivé oui, mais heureux d’avoir ressenti encore une fois cette intense sensation d’être vivant. Je suis privilégié au milieu de ces paysages magnifiques.

Samedi 28 mai 2022… Incomplet car ma montre, qui enregistre l’étape en mode randonnée, est morte 20 minutes avant d’arriver.

Jour 28: Morgade – Airexe – 28.2km/6h55

Parti tard ce matin, vers 8h, car le bar n’ouvrait qu’à 7h30 et j’ai préféré attendre plutôt que de devoir marcher des kilomètres pour déjeuner. J’apprends qu’un ami très cher doit de faire opérer aujourd’hui. Quand on dit que les mauvaises nouvelles arrivent toujours! Je lui fait un message avec mes bon vœux, qui sait quand il partira ce message? et profite de mes heures de marche en solitaire pour me remémorer les événements, heureux et tristes, vécus et partagés durant ces 40+ dernières années avec lui. 

Comme hier je commence dans la grisaille et marcherais 8km avant de voir quelqu’un. Puis, à Portomarin, le ciel va s’ouvrir et le bleu dominera pour le reste de la journée. Les paysages sont toujours aussi beau, la Galice n’a rien à envier aux autres régions. Ce que je remarque c’est qu’il y a moins d’églises par contre. Chaque région a ses spécificités, le Rioja par exemple a les vignes… Mais tous partagent une grande beauté.

Témoignages de pèlerins.

Je rencontre Anita, une Hongroise vue plusieurs fois aux étapes, avec qui je ferais un bout de chemin et un arrêt pour un jus. Puis je repars car elle va s’arrêter au prochain village mais moi je voudrais aller le plus loin possible. Pour reprendre le plan il me faudrait atteindre Palas de Rei soit 36km en tout. Je sais que je n’y arriverai pas, pour cause de fatigue et de départ tardif.

Comme je ne réserve pas je commence à regarder pour un lit vers 14h sachant qu’après 15h il n’y a pas beaucoup de chance de trouver quelque chose. A Ligonde je tombe sur un accueil chrétien et il reste une place. C’est géré par une église, batiste je crois, de Virginie. La fille me demande si je parle Anglais et me donne un imprimé en me demandant de le lire. Ce sont les règles me dit-elle puis elle m’explique qu’à 16h30 il y a réunion de 30 minutes ou on apprend à se connaître les un et les autres, suivie par un film puis repas communautaire et enfin chansons. Je la remercie, décline et lui dit que je vais poursuivre mon chemin: elle semble surprise mais ce n’est absolument pas mon truc, pour dire le moins. Finalement je trouve à l’albergue de Peregrinos à Airexe, un tout petit lieu-dit dans une zone rurale.

Vendredi 27 mai 2022

Jour 27: Samos – Morgade – 26.8km/7h16

D’abord je dois rectifier ce que j’ai dit hier car en effet il y a de l’eau chaude au monastère de Samos. Petit filet, pas assez pour se laver les cheveux, pour ceux qui en ont, mais chaude quand même.

Hier soir nous avons mangé ensemble, le charmant couple Belge, Stefano et moi, et commenté l’étape d’aujourd’hui. Près de 37km pour rejoindre Portomarin. Ils y vont tous les trois mais pas moi. Avec près de 60km et 3 cols les 2 jours précédents, pour moi c’est trop. Je pars seul ce matin, comme d’habitude car je suis toujours dans les derniers à quitter le gîte. Il fait froid comme tous les matins et je pense à mes compagnons pèlerins très probablement perdus, bien qu’on ne puisse jamais être sûr. Cela dit ils sont rapides et ont une avance que je me vois mal rattraper. Ça fait partie du Camino, tous ces gens que j’ai connu puis perdu au hasard d’une étape plus courte ou plus longue.

Sarria.

Je me suis fixé Sarria comme étape du jour, qui est à 15km, que je parcours dans la grisaille. J’ai de la peine aujourd’hui, je ressens la fatigue des derniers jours. Mais quand j’arrive à Sarria il est seulement 10h35 et je n’ai pas envie d’attendre 2h30 pour l’ouverture de l’albergue. Alors je décide de continuer un peu. C’est à Sarria que le soleil chasse la grisaille et je continue à m’émerveiller devant la beauté des paysages que je traverse sous un ciel bleu sans nuages. Je prends beaucoup de photos mais malheureusement elle ne rendent pas la richesse, la subtilité et la variété de la nature.

Morgade, vue arrière.

Finalmente je ferais 10km de plus pour trouver un lit pour la nuit, à Morgade, un albergue planté au milieu de nulle part, rien autour, un petit havre de paix et de verdure. Que du bonheur !

Jeudi 26 mai 2022.

Jour 26: O Cebreiro – Samos – 31km/7h28

Avant hier soir je suis entré dans une pharmacie pour expliquer mon problème de talon. Comme en général ils ne parlent que l’Espagnol, conversation difficile, bref j’en suis ressorti avec un anti inflammatoire. J’en suis à mon 4è et si la douleur est toujours là, elle est un peu réduite et, bonus supplémentaire, ma hanche me chicane moins la nuit et j’ai mieux dormi. Je vais continuer 2 ou 3 jours pour voir.

Et ce n’est qu’une mise en bouche pour le col suivant, Alto do Poio, 1’337m.

Départ 6:45, il fait très froid. J’ai les mains gelées, j’en mets une dans la poche, l’autre tient les deux bâtons et j’alterne régulièrement. En fait j’aurais froid et n’enlèverais pas ma veste pendant 18km.

L’étape du jour est longue et en plus il y a deux cols à franchir. Le soleil et le brouillard jouent à cache-cache mais l’un dans l’autre c’est juste magnifique. Je traverse de splendide paysages de montagne et de forêt. Je marche seul sur des kilomètres sans personne devant ni derrière. Je n’ai que le bruit de la nature et parfois, au loin, quelque civilisation. J’ai eu l’impression d’être seul au monde. Finalement un peu trop de kilomètres mais beaucoup de tranquillité, de paix, de bonheur.

Ce soir je dors dans le monastère de Samos, un site extraordinaire mais probablement le gîte le plus rudimentaire à ce jour: trois douches, eau froide, pour 70 lits de capacité, pas de chauffage, pas de WiFi.

Mercredi 25 mai 2022.

Jour 25: Villafranca del Berzio – O Cebreiro – 29.1km/6h50

Hier à l’albergue est arrivé ce jeune couple que j’avais déjà vu, lui Portugais, elle Italienne, les deux ont 20 ans. Ils ont dû décider de partir sur un coup de tête pour 10 jours, manifestement sans aucune préparation. La fille a un mini short, un t-shirt et un coupe vent/k-way: c’est tout ! Aucune notion, inconscience pure! Stefano lui a donné un de ses pantalons et une Brésilienne quelque chose pour le haut. Hier il faisait très froid et nous étions à 500m. Aujourd’hui l’étape nous porte à presque 1’300m: Ah la jeunesse !

Parti du pays Basque, j’ai traversé la Navarre, le Rioja et Castille et Leon. Aujourd’hui j’entre en Galice.

Ce matin j’étais très content d’avoir emporté du papier WC car il n’y en avait plus dans les toilettes. On dit que le Camino nous transforme. C’est vrai pour moi car maintenant je regarde s’il y a du PQ avant de m’assoir.

Avec mon compagnon pèlerin Stefano.
Là j’ai tout mis, thermique, Damart, tour de cou et veste, je n’ai rien de plus et toujours froid

L’étape du jour prévoit 402m de dénivelé négatif et 1’162 positif, essentiellement sur du mauvais bitume et des sentiers forestiers boueux. L’enfer sera les derniers 7 kilomètres en montée très raide. Grisaille, froid et nuages noirs m’ont accompagnés avec une pluie fine et persistente sur la fin. Je ne me plains pas, c’est le premier jour avec pluie sur 25. Par contre le froid et l’humidité m’ont fait garder la veste toute la journée, c’est la première fois. O Cebreiro est à 1’287m. Avec ce temps je me retrouve plongé dans l’hivers à la montagne.

Mardi 24 mai 2022.

Jour 24: Ponferrada – Villafranca del Berzio – 24.5km/6h08

Nuit difficile à cause de la douleur au talon qui me réveille et me tient réveillé. Une fois parti et après quelques centaines de mètres, j’ai toujours mal mais je peux réduire mon boîtement. C’est peut-être dû au fait qu’à ce moment là c’est la douleur à la hanche qui se manifeste ?

J’ai marché presque toute la matinée avec Stefano, retrouvé hier, ainsi qu’un groupe d’Espagnol très sympathiques. Nous nous sommes arrêtés dans un village typique, Cacabelos, dont Carlos est originaire. Je me suis dit que ça doit être quelque chose de traverser son village d’enfance en faisant le pèlerinage.

Aujourd’hui je suis passé sous la barre des 200km.

Ciel gris et nuages noirs m’ont accompagnés toute la journée mais, à part quelques minutes à la fin, je suis à nouveau passé entre les gouttes. Par contre il fait froid à l’étape, une vraie ambiance humide de montagne. D’ailleurs je renonce à laver mon linge sale, il ne sècherait jamais, je verrai ça demain.

Jour 23: Rabanal del Camino – Ponferrada – 33km/8h10

Hier soir j’étais assis seul à ma table alors que celles autour de moi avaient des couples ou des groupes. J’avais passé la journée sans parler à personne et me disais qu’il y a des jours contre ça quand arriva Ehad, un Israélien très souriant que j’avais connu le jour précédent. Il s’est assis à ma table et nous avons passé un moment très agréable, il avait une bonne conversation. Comme quoi on n’est jamais vraiment seul sur le Camino.

Ce matin avant de partir j’ai parlé avec un personnage très jovial que j’avais déjà remarqué. En fait c’est l’accompagnateur/organisateur du groupe Coréen. Il fait les réservations, amène les sacs d’un lieu à l’autre. Il buvait sa bière au comptoir, il était 7h.

C’est le 3è mémorial à la mémoire de pèlerins et pèlerines morts sur le Camino que je vois.

L’étape du jour commence par une montée continue sur près de 8km pour arriver à la Cruz de Ferro, le point culminant du pèlerinage à 1’495 mètres. Le pèlerin y dépose une pierre amenée depuis le départ laissant là symboliquement ses péchés. J’avais bien pris deux pierres mais les avais déjà déposées à la Croix de Thibaut le premier jour. J’ai donc déposé un pendentif qui s’est cassé ces derniers jours. J’ai eu 8 kilomètres pour me remémorer ces péchés, regretter de les avoir commis, demander pardon une fois encore. Puis je les ai laissés sous la Croix.

Je me suis déchargé de mes péchés et les ai laissés à la Cruz de Ferro.

Après le dénivelé positif pour arriver à la Cruz de Ferro, il y aura 1’200 mètres de dénivelé négatif, une descente abrupte essentiellement sur de la caillasse. Terrible pour les jambes et dangereux pour les pieds, faut bien regarder où tu les poses.

Dimanche 22 mai 2022

Jour 22: Astorga – Rabanal del Camino – 22.1km/5h12

Hier je suis à nouveau tombé sur Stefano, il s’était arrêté à Astorga pour visiter.  Nous avons pris l’apéro ensemble avec ce charmant couple Belge, Ronald et Gretel, que je vois régulièrement aux étapes. Puis nous sommes allés manger ensemble le menu du pèlerin. On le trouve partout, entre € 11 et € 13, comprenant deux plats et un dessert. On peut choisir entre plusieurs propositions, aussi bien pour le premier que pour le deuxième, et le pain et la boisson (vin, bière, gazeux) sont inclus. C’est généralement bon, quelques fois certains mets sont tièdes.

L’étape du jour entre dans la Maragateria, elle est en montée pour m’amener à 1’144 mètres et me préparer celle du jour suivant qui sera le point culminant du pèlerinage.

Aujourd’hui j’ai pris une variante non signalée pour voir un village typique de la Maragateria, Castillo de Polvazares, avec ses pavés et ses maisons couleur ocre ou rouge. Ça m’a rajouté 2km mais ça valait la peine.

En terme de distance j’ai déjà parcouru 560km et,  selon mon guide Buen Camino, il m’en reste encore 244km à Santiago.

Samedi 21 mai 2022.

Jour 21: San Martin del Camino – Astorga – 24.5km/6h21

Hier soir un groupe s’est formé pour organiser un repas commun et ils m’ont demandé si je voulais participer. J’ai décliné. Le Camino nous transforme oui, mais pas en tout et je garde mon côté ours asocial. Et puis l’idée de cuisiner et faire de la vaisselle c’est pas mon truc après tous ces kilomètres dans les jambes. En plus ils étaient tous Espagnol et ne parlaient pas vraiment d’autres langues: un resto c’est parfait pour moi même s’il faut manger seul.

Je pars à 6h35, il ne fait pas encore vraiment jour et je n’ai pas déjeuné. Après 7km je trouve un bar. En le quittant je garde les yeux grand ouverts car je ne veux pas manquer la déviation. Cette fois-ci je la trouve avec le soulagement de quitter cette monotone nationale. Et quel bonheur de retrouver ces paysages bucoliques et historiques !

Sur la fin de cette variante et après une raide montée sous un soleil de plomb, aujourd’hui nous avons passé les 30 degrés, j’étais en sueur et me sentais déshydraté car j’avais oublié de remplir ma bouteille le matin. Et là je tombe sur une oasis bienvenue avec plusieurs sortes de fruits et boissons. C’est un donativo tenu par un personnage qui y vit à l’année avec son lit et une tente en cas de mauvais temps. Il y a des pêches, des poires, du melon, pommes, oranges, limonade… tout ! Je laisse 5 Euros pour orange, banane et melon.

Vendredi 20 mai 2022.

Jour 20: Leon – San Martin del Camino – 25.9km/6h04

Hier je suis tombé sur Stefano que je pensais loin devant. On se met d’accord pour l’apéro et voilà qu’il arrive avec Massimo que j’étais sûr de ne plus revoir. Finalement nous avons mangé à quatre avec Pablo, un Espagnol que je rencontre régulièrement depuis le début. Massimo prend l’avion aujourd’hui et rentre à Milan. Il devrait revenir en septembre pour finir son Camino.

Le jour de lève sur San Isidoro quand je quitte Leon.

Cette nuit la douleur au talon m’a réveillé quelques fois. J’ai peine à poser le pied par terre et boîte pendant les 2 ou 3 premiers kilomètres. Et après ça va, je marche presque normalement. J’ai remarqué que c’est à l’arrêt que je souffre le plus. Je ne me plaint pas, c’est mieux que le contraire.

L’étape du jour est presque à oublier. Il me faudra plus de 6 kilomètres de béton en zone urbaine pour sortir de Leon. Et après des kilomètres en droite ligne qui suit la route. Je m’en veux car j’aurais pu avoir un tracé plus bucolique en prenant un itinéraire alternatif, mais je l’ai loupé. Ça m’aurait rajouté 5km mais tant pis.

Aujourd’hui le suis passé sous la barre des 300km.

J’ai marché un moment avec un jeune Allemand qui a fait 44km hier car il voulait absolument arriver à Leon. Il se disait fatigué et malgré tout je l’ai laissé avancer car il marchait plus vite que moi. 44km jeune ou pas jeune, c’est énorme !

Les cigognes règnent sur l’Espagne.

Je vois bien les montagnes maintenant et je devrais commencer leur traversée d’ici 2 à 3 jours.

Finalmente j’arrive.

J’ai encore et toujours la foi et n’ai pas réservé. Je trouve au deuxième albergue et une couverture est disponible.

Jeudi 19 mai 2022