Jour 8 : Caxarias – Ansião, 33km, 8h.

Hier soir avec Bernard nous sommes allés à une épicerie pour acheter de quoi se nourrir, ça rajoute encore 2.6km au compteur, mais notre hôte ne fait pas la restauration. Maria, notre hôte, est une femme remarquable. Seule à gérer sa maison, elle a beaucoup d’empathie, va chercher les pèlerins perdus, les rattrape en voiture pour remettre les affaires oubliées. Elle a offert des légumes aux françaises et préparé un délicieux dessert pour tous. Et ce matin elle était là pour s’assurer que tous aient de l’eau. Elle dit que c’est sa manière de faire le Camino, vu qu’a son âge et dans ses conditions, elle ne peut pas le faire physiquement. Encore une magnifique rencontre.

Une fête se prépare.

Je pars à 7h30 après une bonne nuit de sommeil, interrompue quelques fois par les aboiements des chiens. Tous les résidents sont déjà partis et comme d’hab je suis le dernier. L’étape du jour s’annonce malheureusement aussi goudronnée que la précédente. Il y aurait bien une alternative plus aventureuse mais l’état de mes pieds l’exclu. Cette maudite cloque au pied gauche me fait beaucoup souffrir, je ne peux pas poser correctement le pied par terre et je boîte. Des deux pieds en fait, car le pied droite n’est pas en reste avec sa cloque. Comme les jours précédents, l’adrenaline, l’échauffement des muscles et l’esprit qui divague rendra la douleur supportable et réduira le boîtement. Ce qui est terrible en fait, c’est quand tu repars d’ un arrêt. C’est comme si tes pieds s’étaient ankylosés et la douleur explose. Tu n’arrives plus à poser tes pieds par terre. Et puis rebelote, adrénaline, échauffement, divagation et ça repart.

Des routes nationales, très encombrées au départ, puis avec moins de camions et voitures quand même. Par contre ça roule vite et c’est parfois dangereux vu l’étroitesse, voir le manque, des trottoirs.

Il est où le trottoir ?

Après une demi-heure je trouve une boulangerie « au pêché divin » qui n’a pas volé son nom. Les diverses sortes de croissants sont plus alléchantes les unes que les autres avec une moyenne de 4 millions de calories. Je me rabat sur un croissant normal, il est délicieux.

Magnifique journée, ciel bleu, presque pas de nuage!

Il y a beaucoup de chiens dans cette région et ils aboient quand tu passes. Dans les propriétés ils sont attachés, mais là je croise trois petits roquets en liberté qui me chargent et l’un d’entre eux me mord à la cheville gauche ! J’ai dû user de mes bâtons pour les faire reculer. J’en suis quitte avec deux marques de croc et un grand étonnement, je ne m’y attendais pas du tout.

Les oliviers.

Dû au manque d’indications, je loupe une déviation et pars dans la mauvaise direction. Ce détour me coûtera 4 km et 45 minutes. À part l’aspect physique de la fatigue, il y a surtout l’aspect moral, parce que revenir en arrière sur tes pas, quand tu as une telle étape, c’est vraiment pénible. J’en profite pour rendre hommage au portugais qui sont vraiment très gentils. Tout le monde veut t’aider. Dès que tu as une question, le café entier cherche la solution. Ils sont souriants, plein de bonnes volontés, c’est très agréable. Finalement je retrouve le chemin et la deuxième flèche d’indication du jour : c’est vraiment pas terrible. Encore une fois c’est à vérifier car on me reproche souvent de ne pas voir l’évidence.

J’ai croisé un restaurant ce matin, mais c’était avant midi alors j’ai passé l’option. Bien mal m’en a pris car je n’en ai trouvé aucun autre jusqu’à l’étape. Il y a bien quelques cafés et un seul point d’eau qui n’était pas potable.

Enfin un point d’eau… non potable.

Je passe la journée seul avec moi-même (pas terrible comme compagnie) et ne verrai aucun pèlerin. J’ai du temps pour cogiter et j’arrive à la conclusion que la souffrance fait partie intégrante du pèlerinage. Mais il n’y a rien qui soit si douloureux, si insupportable, qu’on ne puisse surmonter.

Finalement j’arrive à Ansião et je suis détruit mais heureux. Le patron de l’ hotel me demande si j’ai réservé. Je lui dis que non et lui sert mon laïus habituel, que ce n’est pas dans l’esprit du Camino. Il me dit d’attendre et, au bout d’un moment, revient en souriant avec une clé. J’ai la foi et même une chambre pour la nuit !

Un commentaire sur « Jour 8 : Caxarias – Ansião, 33km, 8h. »

  1. Hello Guy,

    Je viens de rattraper mon retard et ai couvert deux étapes d’un coup ! Pas mal non ? Et moi j’ai la chance de ne même pas avoir mal aux pieds après ça. Prends vraiment soin de tes pieds. N’y-a-t-il pas de bonnes pharmacies sur le chemin auprès desquelles tu pourrais acheter de quoi « protéger » tes cloques d’une part afin qu’elles ne sautent pas, et diminuer sérieusement tes douleurs? Je te souhaite des parcours moins asphaltés qui devraient être plus doux avec tes pieds et plus agréables. Buen camino 😁

Répondre à Kohler Pierre-Alain Annuler la réponse.