Il est 7h15 quand je quitte le refuge des pèlerins après une nuit un peu difficile. J’ai été plusieurs fois réveillé par le froid, même si j’ai dormi avec tous mes habits, sauf le pantalon. J’ai pris mon Damart pour me couvrir les jambes, mais comme je bouge continuellement, j’étais tout le temps découvert. Et puis il y a les ronflements habituels et même quelques pleurs du bébé. Il fait vraiment froid ce matin, la température est donnée à 9 degrés mais avec ce vent de type Bise, le ressenti ne dépasse pas les trois degrés. Alors j’espère me réchauffer en marchant dans les minutes qui viennent. Et comme tous les matins, j’espère surtout trouver rapidement mon café et mon croissant.

Dans les dortoirs il y a des usages et le respect des autres. Quand les gens dorment, tu baisses la voix, et les lumières sont éteintes au plus vite dès 21h. Hier soir vers 21h30, deux ou trois personnes discutent comme en plein jour alors que la majorité du dortoir est silencieuse. Comme ça n’arrêtait pas, j’ai traversé toute la salle pour éteindre la lumière. En revenant, j’ai entendu quelques grognements mais, cinq minutes plus tard, plus un mot : c’est l’école enfantine quoi !



Ce matin comme hier, beaucoup de brume mais après peu elle se déchire. Le ciel est bleu et il y a du soleil. Si on pouvait l’avoir toute la journée, ce serait vraiment magnifique.



L’étape du jour est décrite comme une randonnée de moyenne montagne. Elle est courte, mais ça va grimper car on passe un petit col. Une chose est sûre par contre, aujourd’hui comme hier, le Camino nous emmène par des chemins magnifiques. Je ne sais pas combien de temps ni jusqu’où ça va rester comme ça, mais j’en apprécie chaque minute.

Il est 8h15 quand je sors d’un café oú j’ai pris un vrai petit déjeuner : un toast avec fromage et jambon, jus d’orange frais et café au lait. A 9h15 le ciel s’est déjà couvert de nuages blancs et gris. Le soleil est caché, j’espère quand même qu’il ne va pas pleuvoir.

Plus tard je retombe sur Caroline, une Allemande que j’ai croisée plusieurs fois. Et c’est encore une histoire exceptionnelle. Elle a vécu 30 ans dans un ordre franciscain qui l’a envoyée au Brésil où elle a appris le portugais. Elle est tombée malade et a dû rentrer avec un diagnostic de sclérose multiple. Elle a souffert pendant des années, mais un nouveau traitement l’a pratiquement guérie. Elle se sent en pleine forme, elle marche, et elle va à Santiago (probablement pour remercier, je connais ça).

Il n’est même pas midi lorsque j’arrive à l’étape. Je m’arrête à un snack bar. Qui est juste devant ? Renato ! Il est seul car ses compagnons vont plus loin. Ce sera l’occasion de manger ensemble ce soir.

Caro Amico,
comme promis j’ai parcouru ton récit. Je vois que plus tu avances, plus se révèle une nature généreuse et de belles et enrichissantes rencontres. Si, comme, le Portugais rencontré à la fête de Nossa Senhora da Portela te le prédit, tu vas atteindre bientôt « ton Satori *» comme l’aurait voulu le « clochard céleste » Jack Kerouac, mais lui en a seulement parlé dans ses romans…
C’est un plaisir de pouvoir partager et vivre un peu (par procuration),
le bonheur que tu éprouves au fil de tes pérégrinations.
Il en restera toujours bien plus que de simples souvenirs….
Amitiés Yvan