Jour 25 : Caldas de Reis – Padrón, 21km, 4h50.

La nuit n’était pas bonne, j’ai une angine qui m’arrache la gorge quand je tousse et ça m’a souvent réveillé. J’ai mal à la tête, le nez pris, bref, tout ce qui me manquait. Hier une gentille pharmacienne m’a vendu des pastilles à sucer, je suis un peu sceptique, mais ça semble aider et ça a un bon goût de menthe.

Je quitte Caldas de Reis, ville de cure assez jolie mais probablement celle que j’ai le moins aimée, trop touristique à mon goût. Je ne m’arrête pas au premier hôtel qui sert le petit déjeuner, trop de monde. Pas beaucoup de possibilités aujourd’hui sur l’étape et me faut marcher 6 kilomètres pendant plus d’une heure pour trouver un café.

Je n’ai vu qu’une espagnole qui marchait seule et avec qui j’ai échangé trois ou quatre mots. Elle marchait vite, je l’ai laissée filer. Autrement ce ne sont que des couples, et surtout des groupes de touristes qui ont l’assistance et le transport de leur sac.

J’ai mon deuxième bâton qui commence à me poser problème et ça fait déjà deux ou trois fois que je le remets en place. Je le sollicite le moins possible, j’espère qu’il tiendra encore demain pour la dernière étape.

Je remonte un autre pèlerin, mais de la manière dont il répond à mon buen Camino, murmurant dans sa barbe en regardant par terre, je sens qu’il  n’a pas envie de discuter. Je me fais la réflexion que le contact était beaucoup plus facile dans les premières parties avant Porto. Peut-être parce qu’on était moins nombreux, souvent solitaires pour de longs moments, et probablement plus réceptifs à la rencontre et à l’échange. Il y a aussi le fait que nous sommes dans les cent derniers kilomètres, le minimum à faire pour obtenir la Compostella, certains ne viennent que pour cela.

En arrivant à Padrón, je pense à toutes ces choses que nous prenons pour acquises, notamment le confort. Quand tu arrives à l’étape, il faut se doucher, aller aux toilettes, se laver les dents et se raser. En général, il n’y a qu’un seul local avec douche, WC et lavabo. Si tu as de la chance, tu peux faire plusieurs choses en même temps : l’un se douche, un autre se rase et le troisième utilise les toilettes. En revanche, si le WC n’est pas séparé, une seule personne bloque tout le local et les autres doivent attendre leur tour.
Tu arrives avec tes affaires de toilette, moi je les transporte dans un sac de réfrigération Ikea, et un savon de Marseille dans une main. Dans l’autre main, tu as les habits propres à mettre après la douche et une serviette. Dans le local, tout est mouillé : le bord des lavabos, le sol, et il n’y a ni crochets ni tablettes sèches où poser tes affaires. Tu tournes un moment, l’air égaré, avec tout cela dans les mains, puis tu finis par poser ton sac par terre. Tu mets les habits sales par-dessus et enfin les propres, en espérant qu’ils ne tombent pas.
Si tu as besoin d’uriner, la cuvette est souvent mal fixée et ne tient pas debout. Tu dois donc la tenir d’une main pendant toute l’opération, ce qui est horipilant. Si c’est pour une grosse commission, vérifie d’abord qu’il y a du papier, car neuf fois sur dix, surtout le matin, il n’y en a pas. Si tu ne vérifies qu’après, tu es vraiment dans l’embarras.
Ensuite, tu veux te raser, mais il faut chercher le gel de rasage tout au fond du sac, difficile à sortir sans tout déballer. Où poser tes affaires ? Le rasoir est introuvable, tout comme les lames. Le miroir est plein de buée, tu ne vois rien. L’eau coule mal, les robinets ont été remplacés par des boutons à pression qui s’arrêtent automatiquement après un court laps de temps, te forçant à appuyer trente fois pendant le rasage.
Pour la douche, il ne faut pas être de grande taille car elle fait dans les 80×80 cm, avec la porte qui s’ouvre du mauvais côté. À l’intérieur, aucun crochet : tu mets ta serviette et ton slip en équilibre sur la porte. Pas de place pour poser ton savon, tu le mets donc par terre. L’eau est d’abord froide, puis de plus en plus chaude, et tu dois coller ton front au tuyau pour en recevoir.
En sortant de la douche, tu prends ta serviette et t’essuies dans l’espace réduit. Il faut se dépêcher car souvent quelqu’un attend. Avec un peu de chance, tes affaires propres ne sont pas tombées et sont encore sèches. Tu remets le savon glissant dans son sac Ikea mouillé, un dernier test pour les nerfs. Puis tu t’habilles dans cet espace humide. Enfin, tu repars avec tout ça dans les mains pour les poser sur ta couche.
Il y a des moments où la maison me manque beaucoup. Je l’apprécierai d’autant plus à mon retour.

Le pedrón.

J’arrive à Padrón à 12h40 et j’y retrouve mon ami Renato. Selon la légende, Padrón est le lieu où accosta la barque qui transportait les restes de l’apôtre Jacques. En effet, après la décapitation de saint Jacques en 42 ap. J.-C., deux de ses disciples auraient transporté son corps sur une barque, traversé la Méditerranée, longé les côtes atlantiques de l’Espagne et remonté la rivière Sar. La barque aurait alors été arrimée au pedrón, pierre cylindrique que l’on peut voir dans l’église Santiago et qui a donné son nom actuel à la ville.
Les disciples Atanase et Théodore auraient débarqué le sarcophage et transporté les reliques jusqu’au mont Libradón pour les y enterrer. C’est sur ce mont que se trouve la ville actuelle de Compostelle. À Padrón, on touche à l’origine même du pèlerinage jacquaire !

2 commentaires sur « Jour 25 : Caldas de Reis – Padrón, 21km, 4h50. »

  1. Je ne peux pas dire que ta description des mesures à prendre une fois arrivé à l’étape enthousiasme! Je revis un peu les joies du service militaire. Heureusement, il y a bien d’autres choses qui resteront marquées dans ton esprit une fois Saint-Jacques de Compostelle atteinte. Je te souhaite une riche, belle et agréable dernière étape. Buen camino.

  2. et bien Guy te voilà presque à bout touchant du camino. Que d’aventures vécues, magnifiques, enrichissantes au point de vue spirituel mais bravo pour ta bravoure et ta résilience pour y parvenir avec tous les ennuis physiques affrontés. Encore bravo et bonne fin de camino.
    je t’embrasse bien fort.
    Katia

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